Verdict : vrai, avec une nuance importante. La Coalition avenir Québec avait bel et bien promis en 2018 d’attribuer, en quatre ans, un médecin de famille à tous les Québécois. Cet objectif n’a pas été atteint et le parti l’a explicitement abandonné pendant la campagne de 2022. En 2026, Christine Fréchette remet de l’avant un objectif universel sur le même horizon de quatre ans, mais la nouvelle formule englobe désormais l’inscription auprès d’un groupe de médecine familiale. Ce n’est donc pas exactement la même promesse.
La comparaison a refait surface dans une séquence diffusée par QUB, après que Christine Fréchette eut répondu positivement à la possibilité d’offrir un médecin de famille à tous les Québécois d’ici la fin d’un prochain mandat.
La question mérite mieux qu’un simple « déjà promis ». Entre 2018 et 2026, le gouvernement a changé la manière de définir la prise en charge : un citoyen peut maintenant être affilié à un groupe de médecins sans avoir un médecin personnel attitré. Cette distinction change à la fois la portée de la promesse et la façon d’en mesurer le résultat.
Ce que la CAQ promettait réellement en 2018
Le document de campagne de la CAQ ne laisse guère de place à l’interprétation. La liste des engagements de 2018 promettait d’« attribuer, d’ici 4 ans, un médecin de famille à tous les Québécois », tout en visant une consultation avec ce médecin ou une infirmière praticienne spécialisée dans un délai maximal de 36 heures. Une copie de cette liste est conservée par l’AREQ.
Les orientations en santé publiées par la CAQ en août 2018 étaient encore plus précises. Le parti estimait qu’environ 1,6 million de Québécois, soit près de 21 % de la population, n’avaient pas de médecin de famille. Il affirmait qu’avec les quelque 6 900 médecins de famille assurant le suivi de patients en première ligne, il était possible d’offrir un médecin à tous les patients orphelins en négociant une nouvelle entente avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec et en modifiant leur mode de rémunération.
Le délai de quatre ans était donc bien présent, et l’objet de l’engagement était bien l’attribution d’un médecin de famille à chaque Québécois. Sur ce point, l’affirmation entendue dans la vidéo est fondée.
La promesse n’a pas été réalisée au premier mandat
La situation observée quatre ans plus tard ne correspondait pas au résultat annoncé. Au 15 août 2022, 834 255 personnes étaient inscrites au Guichet d’accès à un médecin de famille et attendaient une place, selon les données rapportées par La Presse pendant la campagne de 2022.
La comparaison avec 2018 doit toutefois être faite prudemment. En avril 2018, la CAQ elle-même disait que 1 631 258 personnes n’avaient pas de médecin de famille, alors que 381 449 étaient inscrites sur la liste d’attente. Le nombre de personnes sans médecin et le nombre de personnes inscrites au guichet ne représentent donc pas la même mesure. On ne peut pas conclure à partir de la seule liste d’attente que tous les autres citoyens avaient obtenu un médecin.
Ce qui est certain, c’est que l’objectif universel n’avait pas été atteint. En septembre 2022, le ministre de la Santé Christian Dubé a reconnu que les discussions avec les médecins avaient mené le gouvernement à conclure qu’il n’était pas possible d’avoir un médecin pour chaque patient. La CAQ a alors proposé une autre approche : diriger chaque personne vers le professionnel approprié — médecin, infirmière, pharmacien ou autre — au moyen d’un point d’accès commun.
Ce changement constituait un abandon explicite de la promesse individuelle de 2018, même si le parti maintenait son objectif de donner un rendez-vous dans un délai de 36 heures.
Ce que Christine Fréchette a promis en 2026
Le 20 septembre 2026, lors d’une entrevue à Salut Bonjour, Christine Fréchette a répondu « oui, tout à fait » lorsqu’on lui a demandé si un médecin de famille pour tous les Québécois d’ici quatre ans était encore possible. Elle a ensuite réitéré cet objectif en point de presse, selon La Presse.
Mais le titre et le contenu de l’engagement sont plus larges qu’en 2018 : il est désormais question d’un médecin ou d’un GMF pour tous. La prise en charge peut donc être individuelle ou collective.
Cette nuance n’est pas simplement sémantique. Une personne attribuée à un médecin dispose normalement d’un professionnel responsable de son suivi. Une personne affiliée à un groupe est rattachée à une équipe ou à un milieu de soins, sans nécessairement avoir toujours accès au même médecin. Le modèle de groupe peut augmenter le nombre de citoyens couverts et favoriser la répartition des demandes entre professionnels, mais il ne reproduit pas exactement la relation continue promise en 2018.
Une nouvelle définition de « l’accès »
Depuis la fin de 2025, Québec mise précisément sur cette affiliation collective. L’entente conclue avec la FMOQ prévoyait la prise en charge accélérée de 500 000 personnes, dont 180 000 jugées vulnérables, avant le 30 juin 2026. Le gouvernement annonçait alors que plus de 7,6 millions de Québécois seraient pris en charge dans un milieu de soins.
L’annonce gouvernementale du 19 décembre 2025 associait cette cible à une réforme de la rémunération des médecins de famille : 50 % par capitation, 30 % à l’acte et 20 % à tarif horaire. Des incitatifs de 76 millions de dollars étaient conditionnels à l’atteinte de la cible accélérée.
Le 4 février 2026, le gouvernement précisait que plus de 78 000 personnes avaient déjà reçu une lettre confirmant leur prise en charge par un groupe de médecins. Cette mécanique permet d’affilier rapidement un grand nombre de patients, mais elle oblige à distinguer trois réalités : être inscrit administrativement auprès d’un groupe, réussir à obtenir un rendez-vous et bénéficier d’une véritable continuité des soins.
Christine Fréchette soutient que les résultats se traduisent aussi en consultations. Elle affirme que 650 000 nouveaux patients ont été associés à un médecin ou à un groupe depuis janvier et que 350 000 rendez-vous de plus ont été pris au cours des premiers mois de l’année comparativement à l’année précédente. Au 1er juillet 2026, 359 000 personnes attendaient encore d’obtenir un médecin ou d’être inscrites auprès d’un groupe, selon les chiffres rapportés par La Presse.
Ces données montrent une amélioration sur les indicateurs choisis par le gouvernement, mais elles ne suffisent pas encore à démontrer que chaque Québécois peut réellement consulter au moment où il en a besoin. Pour évaluer la promesse à la fin d’un éventuel mandat, il faudra publier séparément le nombre de personnes ayant un médecin personnel, celles affiliées à un groupe, les délais réels de rendez-vous, les consultations effectivement obtenues et la continuité auprès du même professionnel ou de la même équipe.
La promesse de 2026 est-elle plus réaliste?
Elle repose sur un mécanisme différent et potentiellement plus flexible. La promesse de 2018 supposait qu’un médecin de famille soit attribué à chaque personne. Celle de 2026 accepte qu’un GMF prenne collectivement en charge une partie de la population. Elle s’appuie aussi sur une réforme de la rémunération et sur des incitatifs liés au nombre de patients affiliés.
Cela la rend peut-être plus atteignable sur le plan administratif. Cela ne garantit toutefois pas automatiquement un accès clinique rapide. Un groupe peut compter un patient dans sa population affiliée sans que cette personne obtienne facilement un rendez-vous, voie toujours le même médecin ou bénéficie d’un suivi adapté à une maladie chronique.
Le meilleur argument en faveur de la nouvelle promesse est que le modèle de groupe correspond mieux au travail interprofessionnel moderne : médecins, infirmières praticiennes, infirmières, pharmaciens et autres professionnels peuvent se répartir les besoins. Le meilleur contre-argument est qu’un indicateur d’affiliation peut donner l’impression que l’accès est réglé alors que l’expérience réelle des patients demeure inégale.
Conclusion : une promesse répétée, mais redéfinie
Dire que la CAQ avait déjà promis en 2018 un médecin de famille pour tous les Québécois d’ici quatre ans est vrai. Le texte électoral de l’époque le confirme clairement. Cette promesse n’a pas été tenue et la CAQ a reconnu en 2022 qu’un médecin individuel pour chaque patient n’était pas réalisable selon le modèle alors envisagé.
En 2026, Christine Fréchette reprend le même horizon et le même objectif politique d’universalité, mais elle ne remet pas exactement sur la table la promesse de 2018. La nouvelle version permet qu’un citoyen soit pris en charge par un groupe de médecine familiale plutôt que par un médecin attitré.
La question décisive n’est donc plus seulement de savoir combien de noms ont été retirés du guichet d’attente. Elle est de déterminer ce que le gouvernement promet concrètement à chaque patient : une inscription, un rendez-vous rapide, un suivi continu ou les trois. Sans indicateurs distincts et publics, le prochain bilan risque de comparer des définitions différentes sous une même formule politique.

