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ANALYSE
Illustration éditoriale : une porte stylisée accompagne le titre Itinérance, expulsions et logement abordable.
Illustration éditoriale : une porte stylisée accompagne le titre Itinérance, expulsions et logement abordable.Illustration éditoriale préparée pour LeQuébecVote.

Itinérance : les expulsions au premier rang, mais la spéculation n’explique pas tout

James Hughes met les expulsions au cœur de la crise. Les données appuient une partie de son diagnostic, sans établir que la spéculation est la cause principale.

10 octobre 2026·Équipe Le Québec Vote

Dans une entrevue à QUB, James Hughes insiste sur la prévention des expulsions et la protection du logement abordable. Le diagnostic mérite attention. Il faut toutefois distinguer les raisons déclarées de perte du logement d’une démonstration sur les causes de l’ensemble de l’itinérance.

À l’approche de l’hiver, une question traverse le débat : comment mettre les personnes à l’abri tout en évitant que d’autres perdent leur logement?

Interrogé par Benoit Dutrizac, James Hughes, présenté par QUB comme député libéral de Vaudreuil et ancien dirigeant de la Mission Old Brewery, propose de travailler sur les deux fronts. Selon la transcription fournie à LeQuébecVote, il défend une réponse immédiate et une démarche collective de prévention. Entrevue de QUB.

Une formule de l’animateur, un diagnostic du député

Le titre de la vidéo met en avant les « spéculateurs crosseurs ». Dans la transcription, cette expression est employée par Dutrizac. L’animateur évoque des achats d’immeubles suivis d’expulsions sous prétexte de rénovation; Hughes acquiesce, puis revient sur le rôle des expulsions, quelle qu’en soit la raison.

La distinction compte. Le député appuie une interprétation du problème, mais le vocabulaire percutant du titre appartient à l’animateur. Aucun propriétaire particulier n’est identifié ni aucun dossier individuel démontré dans cet échange.

Ce que les chiffres permettent de dire

Le tableau 31 du dénombrement québécois de 2022 place l’expulsion en tête des raisons déclarées de perte du dernier logement : 22,6 %, devant les problèmes de consommation, à 21,3 %. Dans les catégories de municipalités autres que Montréal, la consommation arrive toutefois en premier. Rapport du MSSS, tableau 31.

Le classement n’établit donc ni une cause unique ni une majorité de cas. Il décrit les réponses recueillies auprès de personnes en situation d’itinérance, sans isoler la responsabilité de la spéculation immobilière.

Autre nuance : selon la synthèse de la Communauté métropolitaine de Montréal, 53 % des personnes ayant invoqué l’expulsion ont déclaré un loyer non payé. Une expulsion ne peut donc pas être automatiquement assimilée à une rénoviction. Le non-paiement ne dit pas non plus, à lui seul, pourquoi une personne n’arrivait plus à payer. Analyse de la CMM.

La SCHL souligne également que la plupart des expulsions au Canada ne débouchent pas sur l’itinérance, même si elles en augmentent le risque pour les personnes déjà vulnérables. Recherche publiée en septembre 2025.

Le logement reste un facteur structurel important

Ces nuances n’évacuent pas la question des loyers. Le sommaire d’une recherche du CIRANO publiée en mai 2026 identifie leur niveau comme un prédicteur structurel important de l’itinérance. Il relève aussi l’intérêt des programmes offrant un logement permanent accompagné de soutien psychosocial. CIRANO, *Les coûts économiques associés à l’itinérance au Québec*.

Les premiers résultats officiels du dénombrement de 2025 estiment à 12 077 le nombre de personnes en situation d’itinérance visible dans les 15 régions participantes. Le MSSS annonce une hausse d’environ 20 % depuis 2022. Cette mesure concerne une nuit donnée, pas toutes les personnes ayant vécu l’itinérance pendant l’année. Communiqué du MSSS, 9 avril 2026.

Protéger les logements, sans attendre pour l’hiver

Dans l’entrevue, Hughes défend davantage de logements hors marché : logements publics, coopératifs ou gérés par des organismes. Il propose aussi de préserver le parc abordable existant. Construire et protéger sont, dans son argumentaire, deux démarches complémentaires.

Un exemple documenté existe : en décembre 2024, Montréal annonçait son intention d’acquérir plus de 700 logements à Côte-des-Neiges pour environ 103,8 millions de dollars, grâce au droit de préemption. Ce communiqué atteste une annonce; il ne suffit pas à vérifier l’état actuel de chaque acquisition. Communiqué municipal.

Pour l’hiver, Montréal a annoncé neuf nouvelles haltes-chaleur et demandé environ 20 millions de dollars par année pendant trois ans. Les près de 3 000 places évoquées concernent l’ensemble des ressources d’urgence et transitoires, comprenant près de 500 places saisonnières supplémentaires. Plan chaleur, 8 octobre 2026.

La Ville précise que l’ouverture des haltes demeure conditionnelle au financement provincial et au choix des organismes exploitants. Une capacité annoncée ne doit pas être présentée comme déjà disponible. État des préparatifs.

Le constat de LeQuébecVote

Le rôle des expulsions et du logement abordable est documenté. La formule faisant des spéculateurs la cause principale de toute l’itinérance dépasse toutefois ce que les données consultées démontrent.

Pour évaluer les réponses politiques, il faudra suivre les logements réellement préservés, les places effectivement ouvertes et la stabilité résidentielle des personnes accompagnées. Le nombre d’annonces ou de rencontres ne constitue pas, à lui seul, un résultat.

*Méthode : analyse d’une transcription fournie par le lecteur, recoupée avec des sources publiques. L’audio n’a pas été vérifié; les propos sont principalement paraphrasés. Les données détaillées sur les raisons de perte du logement citées ici datent de 2022. Le PDF intégral du MSSS étant inaccessible lors de la consultation, son tableau indexé a été recoupé avec la synthèse de la CMM. Recherche arrêtée au 11 octobre 2026.*